{"id":16853,"date":"2023-05-25T09:19:13","date_gmt":"2023-05-25T07:19:13","guid":{"rendered":"https:\/\/trends-business-information.be\/?p=16853"},"modified":"2025-10-16T19:42:27","modified_gmt":"2025-10-16T17:42:27","slug":"en-marge-du-top-ict","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/trends-business-information.be\/fr\/blog-fr\/en-marge-du-top-ict","title":{"rendered":"En Marge du Top ICT"},"content":{"rendered":"<p>Un double retard \u00e0 rattraper<\/p>\n<p>Dans une Europe qui, malgr\u00e9 d&rsquo;ind\u00e9niables succ\u00e8s, reste un nain num\u00e9rique, notre pays recule avec r\u00e9gularit\u00e9 dans le classement des nations europ\u00e9ennes selon leurs progr\u00e8s num\u00e9riques. Tony CoenjaertsEn 2013, Neelie Kroes, alors vice-pr\u00e9sidente de la Commission Europ\u00e9enne, ambitionnait de voir l&rsquo;Europe doubler sa capacit\u00e9 de production de puces \u00e9lectroniques afin d&rsquo;assurer 20 % de la production mondiale et dans une grande envol\u00e9e lyrique, voulait m\u00eame voir le Vieux Continent en produire davantage que les Etats-Unis. Une d\u00e9cennie plus tard, ce r\u00eave reprend en partie corps avec une nouvelle fois l&rsquo;ambition de doubler la part de march\u00e9 europ\u00e9enne \u2013 actuellement de 9 % \u2013 afin d&rsquo;atteindre \u00e0 l&rsquo;horizon 2030 cette fois, ce fameux seuil de 20 % susceptible de garantir, non pas une chim\u00e9rique autarcie impossible \u00e0 atteindre mais une certaine ind\u00e9pendance en mati\u00e8re d&rsquo;approvisionnement.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9claration d&rsquo;ind\u00e9pendance<\/strong><\/p>\n<p>En dix ans en effet, \u00e9norm\u00e9ment de choses ont chang\u00e9\u00a0: une pand\u00e9mie in\u00e9dite, un conflit international larv\u00e9 mais tout aussi mondial, avec dans son sillage, l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un nouvel acteur,\u00a0la Chine, sont venus brouiller les cartes. M\u00eame si les entreprises am\u00e9ricaines du web restent largement dominantes en valeur, cinq des dix entreprises les plus valoris\u00e9es mondialement sont aujourd&rsquo;hui chinoises. D&rsquo;o\u00f9 une rivalit\u00e9 exacerb\u00e9e sur fond de tension g\u00e9opolitique au sein de laquelle l&rsquo;Europe ne p\u00e8se pas lourd dans la mesure o\u00f9, des m\u00e9taux rares indispensables pour produire des \u00e9quipements num\u00e9riques aux syst\u00e8mes d&rsquo;exploitation en passant par les t\u00e9l\u00e9phones ou les ordinateurs portables, elle se trouve dans une quasi d\u00e9pendance totale. La derni\u00e8re unit\u00e9 de production de PC en Europe a en effet \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e en 2020 par Fujitsu. Elle \u00e9tait situ\u00e9e \u00e0 Augsbourg, en Bavi\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;espoir d&rsquo;y rem\u00e9dier, les Vingt-Sept ont mis la main au portefeuille et viennent de d\u00e9bloquer 45 milliards d&rsquo;euros afin que l&rsquo;Europe puisse redevenir leader mondial des semi-conducteurs. De 24 % \u00a0au tournant du si\u00e8cle \u00e0 8 % actuellement, sa part de march\u00e9 a en effet \u00e9t\u00e9 divis\u00e9e par trois et sans \u00ab\u00a0puces\u00a0\u00bb, plus aucune machine ne fonctionne. Toutefois, retrouver \u00e0 l&rsquo;horizon 2030 une part de march\u00e9 de 20 % comme le souhaite l&rsquo;Europe, implique un quadruplement de la production actuelle dans la mesure o\u00f9 la production mondiale devrait, au cours de cette m\u00eame p\u00e9riode, doubler. Les voitures \u00e9lectriques notamment, dont l&rsquo;Europe a forc\u00e9 l&rsquo;av\u00e8nement, se montrent gourmandes en la mati\u00e8re ce qui permet, par exemple, \u00e0 Melexis (CA 2022 consolid\u00e9 836 millions, en progression de 30 %) d&#8217;embarquer 58 puces \u00e0 bord d&rsquo;une Tesla contre 18 en moyenne dans une voiture \u00e0 carburants fossiles.<\/p>\n<p><strong>D&rsquo;ind\u00e9niables atouts<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;Europe ne poss\u00e8de que trois producteurs de puces qui tous trois r\u00e9alisent un chiffre d&rsquo;affaires insuffisant pour figurer dans le top 10 mondial. Infineon, une spin-off de Siemens qui a fr\u00f4l\u00e9 la faillite en 2009 \u2013 l&rsquo;action ne valait alors plus que 40 centimes \u2013 affiche pour 2022 un chiffre d&rsquo;affaires de 14,2 milliards, en progression de 29 % et vient d&rsquo;investir 5 milliards d&rsquo;euros dans la construction, \u00e0 Dresde, d&rsquo;une usine de semiconducteurs qui devrait \u00eatre op\u00e9rationnelle en 2026. STMicro-electronics (CA 16,1 milliards de dollars), n\u00e9 fin des ann\u00e9es quatre-vingt de la r\u00e9union des activit\u00e9s de l&rsquo;Italien SGS Microelettronica avec celles, non militaires, du Fran\u00e7ais Thomson Semiconducteurs investira, associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9ricain Global Foundries, 5,7 milliards d&rsquo;euros dans son site de Crolles, pr\u00e8s de Grenoble. Le troisi\u00e8me, NXP, est l&rsquo;ancienne division semiconducteurs du groupe Philips dont les principaux actionnaires sont aujourd&rsquo;hui des fonds d&rsquo;investissements am\u00e9ricains. Le groupe a r\u00e9alis\u00e9 en 2022 un chiffre d&rsquo;affaires de 13,2 milliards d&rsquo;euros et poss\u00e8de dans notre pays, \u00e0 Louvain, un centre de recherches qui occupe une centaine de personnes.<\/p>\n<p>En amont de la production, la situation est moins sombre et notre pays peut s&rsquo;enorgueillir de poss\u00e9der avec Imec, \u00e9tabli \u00e0 Louvain, un centre de recherches mondialement r\u00e9put\u00e9 qui, estime son patron, Luc Van den Hove, \u00ab\u00a0est en avance de deux g\u00e9n\u00e9rations par rapport \u00e0 l&rsquo;industrie\u00a0\u00bb. Ce dernier travaille en \u00e9troite collaboration avec le Hollandais ASML (Advanced Semiconductor Material Lithography) qui r\u00e8gne quasi sans partage sur le march\u00e9 des machines de lithographie extr\u00eame ultraviolet (EUV) dont l&rsquo;\u00e9volution permet de pousser chaque jour un peu plus loin la miniaturisation des puces. Retomb\u00e9e d&rsquo;une r\u00e9cente mission commerciale au Japon, Imec vient de signer un Memorandum of Collaboration avec Rapidus.<\/p>\n<p><strong>Mais des mauvais choix\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Nouveau venu sur ce march\u00e9, Rapidus est un consortium de huit entreprises, parmi lesquelles Sony et Toyota, initi\u00e9 par le gouvernement japonais appel\u00e9 \u00e0 devenir un \u00ab\u00a0champion national\u00a0\u00bb capable de rivaliser avec ses voisins ta\u00efwanais (TSMC) et cor\u00e9ens (Samsung). En concertation avec IBM, Rapidus implantera dans l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Hokkaido une unit\u00e9 de production de puces de pointe qui devrait \u00eatre op\u00e9rationnelle d\u00e8s 2026. Si le montant de l&rsquo;investissement \u2013 pr\u00e8s de 40 milliards de dollars \u2013 est voisin de l&rsquo;effort europ\u00e9en, cet exemple de pragmatisme devrait constituer une le\u00e7on pour une Europe o\u00f9, depuis des d\u00e9cennies, les tiraillements entre Etats membres joints au primat accord\u00e9 \u00e0 la politique de la concurrence sur la politique industrielle ont r\u00e9guli\u00e8rement emp\u00each\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence de champions europ\u00e9ens. En mati\u00e8re de num\u00e9risation, commente Deborah Revoltella, cheffe \u00e9conomiste de la Banque Europ\u00e9enne d&rsquo;Investissement (BEI), l&rsquo;\u00e9cart entre l&rsquo;Europe et les Etats-Unis s&rsquo;explique d&rsquo;abord par la plus fort pr\u00e9pond\u00e9rance des petites entreprises dans l&rsquo;\u00e9conomie europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Au sein m\u00eame de l&rsquo;Europe, notre pays recule de quatre places dans l&rsquo;indice DESI annuellement dress\u00e9 depuis 2014 par la Commission Europ\u00e9enne dans lequel les Etats membres sont class\u00e9s tant en fonction de leur degr\u00e9 de num\u00e9risation que selon les progr\u00e8s accomplis au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. Nous y sommes modestement seizi\u00e8mes alors qu&rsquo;au d\u00e9part nous \u00e9tions cinqui\u00e8mes avec un indice global de 50,3 pour la premi\u00e8re fois, inf\u00e9rieur \u00e0 la moyenne europ\u00e9enne. C&rsquo;est d&rsquo;autant plus d\u00e9solant que Bruxelles, qui tire 10 % de son PIB de l&rsquo;informatique, constitue l&rsquo;un des plus grands p\u00f4les informatiques d&rsquo;Europe.<\/p>\n<p><strong>Manque de connectivit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Le principal responsable de cette d\u00e9gringolade est notre manque de connectivit\u00e9, domaine dans lequel nous sommes bons derniers avec un score de 39,8, inf\u00e9rieur de 50 % \u00e0 la moyenne europ\u00e9enne. Nous y sommes m\u00eame doublement \u00e0 la tra\u00eene\u00a0: une premi\u00e8re fois en mati\u00e8re de fibres optiques, m\u00eame si, symboliquement, l&rsquo;Atomium est devenu, en juin 2022, le millioni\u00e8me b\u00e2timent raccord\u00e9 \u00e0 la fibre et une seconde fois avec, suite \u00e0 d&rsquo;interminables chamailleries politiques, la mise en place tardive d&rsquo;un cadre l\u00e9gislatif appropri\u00e9 au d\u00e9ploiement de la 5G.<\/p>\n<p>Deux nouveaux op\u00e9rateurs ont finalement d\u00e9croch\u00e9 leur licence\u00a0pour cette nouvelle technologie : le tandem belgo-roumain Citymesh\/DIGI d&rsquo;une part, le Li\u00e9geois NRB d&rsquo;autre part. Citymesh est une filiale du groupe flamand Cegeka qui a r\u00e9alis\u00e9 en 2022 un chiffre d&rsquo;affaires consolid\u00e9 de 871 millions d&rsquo;euros et multipli\u00e9 les acquisitions parmi lesquelles le groupe bruxellois BuSi qui occupe quelque 250 consultants. Dans le sillage de la licence ainsi d\u00e9croch\u00e9e, NRB attend le feu vert des autorit\u00e9s de la concurrence pour l&rsquo;acquisition de WIN, la filiale TIC du groupe Nethys. En 2021, le groupe NRB a, pour la premi\u00e8re fois, franchi le cap des 500 millions de chiffre d&rsquo;affaires.<\/p>\n<p><strong>Taux de vacance record<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;autre point noir national est le manque de personnel qualifi\u00e9. Avec un taux de vacance de 9 % nous sommes h\u00e9las, champions d&rsquo;Europe. Concr\u00e8tement, cela signifie que sur 100 emplois dans le secteur des technologies de l&rsquo;information et de la communication (TIC), neuf ne trouvent pas preneur. C&rsquo;est d&rsquo;autant plus inqui\u00e9tant, insiste la BEI que, depuis la pand\u00e9mie, la transition num\u00e9rique fait partie int\u00e9grante de la survie des entreprises. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;avertissement lanc\u00e9 sans ambages par cette institution\u00a0: l&rsquo;Europe ne num\u00e9rise pas assez vite avec, en bout de course, le risque de voir s&rsquo;ajouter au diff\u00e9rentiel entre l&rsquo;Europe et les Etats-Unis, des fractures num\u00e9riques intra-europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Mais comment faire lorsque la ressource primordiale\u00a0\u2013 les hommes et les femmes \u2013 fait d\u00e9faut\u00a0? Notre pays ne compte en effet que 2,2 % de dipl\u00f4m\u00e9s en TIC. C&rsquo;est pr\u00e8s de moiti\u00e9 moins que la moyenne europ\u00e9enne qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 3,6 %. Pire\u00a0: le nombre de dipl\u00f4m\u00e9s en TIC n&rsquo;a pas progress\u00e9 dans notre pays depuis 2016\u00a0! Pragmatiques, nos entreprises ont cherch\u00e9 \u00e0 pallier ce manque en dispensant elles-m\u00eames des formations en ces domaines. Elles sont actuellement 33 % \u00e0 le faire, contre 20 % en moyenne en Europe, mais commencent \u00e0 baisser les bras\u00a0: en 2020 en effet, elles \u00e9taient encore 36 %&#8230;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sultats<\/strong><\/p>\n<p>Les comptes annuels relatifs \u00e0 l&rsquo;exercice 2022 n&rsquo;\u00e9tant pas encore massivement disponibles, les donn\u00e9es reprises dans le pr\u00e9sent Top portent sur l&rsquo;exercice 2021 et sont, comme \u00e0 l&rsquo;accoutum\u00e9e, non consolid\u00e9es. Globalement, le chiffre d&rsquo;affaires des 2.000 entreprises qui s&rsquo;y trouvent reprises est pass\u00e9 de 40 \u00e0 42 milliards d&rsquo;euros. Trois entreprises sur quatre ont augment\u00e9 celui-ci d&rsquo;un exercice \u00e0 l&rsquo;autre. La valeur ajout\u00e9e progresse de 16,4 \u00e0 17,4 milliards et si l&rsquo;on exclut les r\u00e9sultats d&rsquo;Avnet Europe qui avait, en 2020, act\u00e9 1,2 milliard de r\u00e9duction de valeur, les b\u00e9n\u00e9- fices nets grimpent de 2,4 \u00e0 3,5 milliards d&rsquo;euros. Six entreprises sur dix ont vu leur b\u00e9n\u00e9fice progresser. Les investissements passent de 2,3 \u00e0 2,6 milliards d&rsquo;euros et restent, tout comme au cours de l&rsquo;exercice pr\u00e9c\u00e9dent, l&rsquo;apanage des op\u00e9rateurs t\u00e9l\u00e9coms (Proximus, Telenet, Orange Belgium, Voo) ainsi que de Crystal Computing \u2013 traduisez Google \u2013 qui investit sans discontinuer dans ses data centers situ\u00e9s dans le zoning de Ghlin-Baudour, pr\u00e8s de Mons. Ensemble, ces cinq entreprises ont trust\u00e9 70 % des investissements repris dans notre Top, contre 69 % au cours de l&rsquo;exercice pr\u00e9c\u00e9dent.Cet article a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans <strong>Top ICT<\/strong>, qui est disponible en format pdf.<a class=\"btn btn--white\" href=\"https:\/\/trendstop.levif.be\/fr\/orderdocuments.aspx\" target=\"_self\">Commander ici<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un double retard \u00e0 rattraper. Dans une Europe qui, malgr\u00e9 d\u2019ind\u00e9niables succ\u00e8s, reste un nain num\u00e9rique, notre pays recule avec r\u00e9gularit\u00e9 dans le classement des nations europ\u00e9ennes selon leurs progr\u00e8s num\u00e9riques. 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