Qui sera remplacé par l’IA ?

Un certain nombre de métiers créatifs traversent une période difficile et risquent d’être balayés par l’intelligence artificielle. Les algorithmes finiront-ils par l’emporter sur le savoir-faire humain ? Nous ne nous prononcerons pas ici sur cette question. En revanche, nous avons analysé les chiffres bruts. Et ceux-ci révèlent une tendance claire. – Tommy Browaeys

Des organisations plus légères, plus efficaces, moins coûteuses, la réinvention des structures, l’automatisation des processus, la digitalisation, l’intelligence artificielle : autant d’arguments avancés par les (grandes) entreprises pour réduire leurs effectifs et miser de plus en plus sur l’IA. On nous rassure en expliquant que l’IA est un outil permettant d’accomplir davantage de tâches plus rapidement et plus efficacement. Qu’elle améliore notre productivité, stimule la croissance et pourrait même créer davantage d’emplois.

Pour l’instant, nous réduisons surtout le coût marginal du travail grâce à des investissements technologiques amortissables. Et ce ne sont pas seulement les salariés « internes » qui subissent ces changements. Dans les annonces de réorganisations stratégiques et de restructurations, on lit rarement quelque chose à propos des prestataires externes de services créatifs auxquels les entreprises font désormais moins appel, voire plus du tout.

Dans les communications sur les réorganisations stratégiques et les restructurations, on évoque rarement les prestataires externes de services créatifs auxquels les entreprises font désormais moins appel, voire plus du tout.

Quand certains métiers vacillent

C’est pourquoi, chez Trends Business Information, nous avons analysé l’évolution du nombre de créations et de cessations d’entreprises dans plusieurs secteurs particulièrement exposés : traducteurs, copywriters, graphistes, photographes et spécialistes de la communication.

Le tableau ci-dessous, reprenant les chiffres pour 2025, montre que certains clusters ne font plus seulement face à des vents contraires : ils semblent désormais balayés par une véritable avalanche.

Activité 2025
Oprichtingen
Cessations
Évolution
18130 – Services de prépresse et prémédia
82
348
-266
59113 – Production de films et vidéos (hors cinéma et télévision)
405
187
218
73300 – Agences de relations publiques et communication
911
1.183
-272
74120 – Design graphique et communication visuelle
793
778
15
74201 – Activités de photographes (hors photo de presse)
865
945
-80
74202 – Activités de photographes de presse
19
46
-27
74209 – Autres activités photographiques
88
120
-32
74301 – Activités de traduction
228
609
-381
90111 – Création littéraire
487
801
-314
3.878
5.017
-1.139

Alors que l’ensemble de la population des entreprises belges a encore progressé d’environ 1 % en 2025, malgré les nombreuses informations négatives concernant la hausse des faillites et cessations d’activité, les secteurs créatifs mentionnés ont perdu plus de 1.000 entreprises.

Si l’on observe l’évolution sur la période 2023-2025, la situation apparaît encore plus préoccupante pour certains sous-secteurs.

En Belgique, 4.941 entreprises sont actuellement actives sous le code NACEBEL des traducteurs. Il y a trois ans, elles étaient encore 5.720. Les « artisans créatifs » qui réassemblent les lettres d’autres langues semblent connaître le même sort que les épicéas et autres conifères décimés dans de nombreuses forêts par un insecte nuisible appelé le typographe (Ips typographus). En trois ans, le cluster des traducteurs a perdu 779 acteurs, soit 14 % de la population. En 2025, on ne compte plus que 228 créations, contre 609 cessations.

Le secteur des services de prépresse et prémédia a également perdu 524 entreprises en trois ans, soit 14 % de sa population. Leurs collègues actifs dans le design graphique et la communication visuelle ont encore enregistré une légère croissance l’année dernière (+15), mais celle-ci était de +164 en 2024 et même +195 en 2023.

Les photographes, quant à eux, verront probablement leur situation à travers un objectif de plus en plus trouble, puisque toutes les sous-populations ont reculé en 2025. Les agences et consultants en relations publiques et communication subissent également ces pressions.

Le bilan ?

Pour connaître la situation réelle des entreprises encore actives, il faudra attendre les comptes annuels de l’exercice 2025. En attendant, nous avons analysé les principaux indicateurs financiers pour 2024 des quelque 9.200 entreprises encore actives dans ces secteurs et ayant enregistré au moins 1 euro de chiffre d’affaires ou de marge brute.

Professions créatives – Indicateurs clés 2024
Situation financière
Aandeel
Fonds propres négatifs
7%
Entreprises déficitaires
15%
Cash-flow négatif
7%
Solvabilité inférieure à 25 %
23%
Ratio de liquidité < 1
22%
Rentabilité < 10 % (avec fonds propres positifs et bénéfice)
20%

Il reste à voir comment cette tendance évoluera au cours des premiers trimestres de 2026. Qu’elle s’inverse soudainement semble peu probable. Le score de prédiction de faillite, l’un de nos tableaux de bord, mérite donc une attention particulière. Celui-ci se base à la fois sur les derniers comptes déposés et sur d’autres événements plus récents. Actuellement, nous observons un risque accru de faillite pour 16 % de l’échantillon étudié.

Autant dire qu’il vaut mieux croiser les doigts.