Ce que les données d’entreprise révèlent sur le marché belge de la bière
Que nous apprennent les comptes annuels sur un marché belge de la bière qui se contracte depuis des années ?
Trends Business Information a fourni les données financières des entreprises utilisées pour cette analyse de soixante brasseries belges. Les chiffres mettent en évidence d’importants écarts de performance : alors que plusieurs grands et moyens acteurs sont sous pression, d’autres brasseries parviennent à croître grâce à de nouveaux produits, à l’exportation et à un positionnement ciblé.
L’article de Trends ci-dessous analyse ces évolutions et met en relation les résultats financiers avec la stratégie des marques.
Le marché de la bière se contracte depuis des années. Pourtant, ce sont surtout les grandes brasseries belges qui sont touchées, comme le montre une analyse des bilans réalisée par Trends. Les petits acteurs parviennent à se distinguer sur un marché saturé grâce à des idées innovantes. Parmi les brasseries flamandes, Vanhonsebrouck affiche la plus forte croissance du chiffre d’affaires. Avec Kasteel Rouge, la brasserie d’Ingelmunster a créé un segment entièrement nouveau. – Wolfgang Riepl, journaliste chez Trends (article paru dans Trends Magazine le 17/09/2026)
Sur le site de 7,5 hectares de la Brasserie Vanhonsebrouck à Ingelmunster, des poids lourds entrent et sortent. Leurs bâches arborent des publicités pour Kasteel Rouge et Kasteel Rubus Framboise. Ces bières fruitées à forte teneur en alcool sont les produits à succès de la brasserie ouest-flamande. La vedette est Kasteel Rouge, une bière à la cerise titrant 8 % d’alcool, lancée en 2007. Son créateur est le propriétaire et CEO Xavier Vanhonsebrouck (59 ans).
Kasteel Rouge a insufflé un nouvel élan au marché belge de la bière, dont les volumes reculent depuis des décennies. Grâce à ce succès, la SA Kasteel Brouwerij Vanhonsebrouck arrive en tête de notre classement des brasseries les plus performantes de Flandre. Avec une croissance du chiffre d’affaires de près de 12 %, la brasserie ouest-flamande occupe la cinquième place de notre classement. Mais c’est surtout la hausse de 129 % du résultat d’exploitation qui fait de Vanhonsebrouck le champion.
2025 n’était d’ailleurs pas un coup de chance. Le chiffre d’affaires de la Brasserie Vanhonsebrouck est passé de 29 millions d’euros en 2017 à près de 57 millions d’euros en 2025, soit une croissance de pas moins de 96,5 %. Sur la même période, l’inflation en Belgique a progressé de 29,8 %.
« Kasteel Rouge représente 46 % du volume total et du chiffre d’affaires consolidé de notre entreprise », explique Xavier Vanhonsebrouck, représentant de la cinquième génération de la famille de brasseurs. « En 2025, nous avons vendu un volume total de 193.000 hectolitres. Cette année, nous passerons à 210.000 hectolitres, alors que le marché belge de la bière recule globalement de 5 %. Notre chiffre d’affaires continuera lui aussi à progresser, pour atteindre 65 millions d’euros, soit 15 % de plus qu’en 2025. »
« Avec Kasteel Rouge, nous avons créé un segment entièrement nouveau sur le marché de la bière », poursuit Vanhonsebrouck. « Nous y détenons plus de la moitié du marché. Les brasseurs cherchent constamment à inventer de nouvelles bières, mais ils continuent à se battre pour le même consommateur de bière. Or, de nombreuses personnes ne boivent pas de bière. C’est ce public que nous ciblons. Kasteel Rouge nous permet d’atteindre des consommateurs qui buvaient auparavant du rosé ou un apéritif, généralement des boissons plus chères que Kasteel Rouge. »
Pour Kasteel Rouge, Xavier Vanhonsebrouck s’est inspiré de Bacardi. « La teneur en alcool habituelle d’une bière à la cerise se situe autour de 4 à 5 degrés », explique-t-il. « En 2005, on a assisté dans l’horeca à l’essor du Bacardi Breezer, un mélange de rhum et de soda. Il était consommé dans une bouteille tendance de 33 centilitres et est devenu populaire auprès des jeunes. Il était cher parce que sa base était du Bacardi et que les accises sur les spiritueux sont nettement plus élevées que celles sur la bière. Avec une bière à la cerise à 8 %, nous bénéficions des accises beaucoup plus faibles applicables à la bière tout en offrant une expérience similaire. »
Kasteel Rouge n’est pas le seul produit à succès de la Brasserie Vanhonsebrouck. En 2023, la brasserie a lancé Kasteel Rubus Framboise, une bière à la framboise titrant 7 % d’alcool. Deux ans plus tard a suivi Kasteel Tropical. Cet été, Kasteel Tropical Twist, une bière-cocktail titrant 9,5 %, est venue compléter la gamme. « Les bières-cocktails constituent une nouvelle variante », explique Xavier Vanhonsebrouck. « Là aussi, nous nous adressons à des consommateurs qui ne boivent pas de bière mais apprécient les cocktails. Nous pensons que ce public sera intéressé par notre offre. »
Outre ses bières à forte teneur en alcool, le brasseur propose également des variantes sans alcool. Kasteel Rouge 0.0 a été lancée en 2024. L’ambition était une nouvelle fois élevée. Un peu plus de deux ans plus tard, les variantes sans alcool représentent 17 % du volume de la brasserie dans l’horeca. « Et cette part continue d’augmenter », souligne le CEO. « Chez AB InBev, les bières sans alcool représentent 6 % du volume vendu dans l’horeca belge. »
Dans le monde brassicole, Xavier Vanhonsebrouck est considéré comme un entrepreneur anticonformiste. Son père, Luc Vanhonsebrouck, s’est lui aussi longtemps opposé aux grands brasseurs. « Je suis quand même un peu rebelle », reconnaît Xavier Vanhonsebrouck, qui travaille pour la brasserie familiale depuis 1991 et en est devenu CEO en 2008. « J’ai dû convaincre mon père de commercialiser Kasteel Rouge. J’ai dû me battre pour cela. Mais en 1991, notre brasserie vendait 40.000 hectolitres. La gueuze et la kriek St. Louis représentaient 95 % de nos volumes. Le marché était extrêmement concurrentiel, avec des acteurs comme Belle-Vue, Mort Subite, Lindemans et Timmermans. Chaque année, cette forte concurrence réduisait nos marges. »
Concernant les bières plus anciennes de la gamme, Xavier Vanhonsebrouck reste bref. « Nous avons un plan stratégique pour Brigand, Filou et St. Louis. Je ne peux pas encore en dire beaucoup aujourd’hui. Nous communiquerons à ce sujet l’année prochaine. Peut-être continuerons-nous à y investir, mais je ne peux pas garantir que ces marques existeront encore longtemps. Les volumes reculent, comme partout ailleurs sur le marché de la bière. »
Comment se portent les autres brasseries belges ? Trends a analysé les bilans de soixante entreprises présentant une marge brute d’au moins 1,5 million d’euros. Le résultat est plutôt positif. Seuls cinq brasseurs ont enregistré une perte d’exploitation au cours de l’exercice 2025. Parmi les acteurs les plus touchés figurent surtout des entreprises de taille moyenne dépendantes des volumes de pils. Alken-Maes, filiale de Heineken, a enregistré la perte la plus importante, soit 99 millions d’euros, à la suite d’une dépréciation exceptionnelle. Le producteur de Cristal Alken, Maes Pils et Mort Subite, entre autres, est confronté à une forte concurrence. Les promotions permanentes exercent une pression sur les prix.
Autre acteur de taille moyenne, la Brasserie Haacht connaît des difficultés depuis plusieurs années. Elle dépend elle aussi fortement de la pils, Primus étant sa principale marque. 90 % de ses ventes sont réalisées dans l’horeca. La capacité de la brasserie est en outre utilisée pour de la production sous contrat, une activité générant peu, voire aucune marge.
La Brasserie Palm constitue un cas particulier. La forte baisse du chiffre d’affaires résulte principalement d’un changement de méthode de reporting. Depuis octobre, le chiffre d’affaires destiné à la maison mère néerlandaise Swinkels est calculé sur la base des prix de production. Le rapport du conseil d’administration souligne néanmoins que le segment de la bière reste sous pression. Les ventes dans l’horeca et les commerces seraient en baisse. La tendance à la réduction de la consommation d’alcool devrait se poursuivre.
Pour Duvel Moortgat, aucun résultat belge distinct n’est disponible. Début avril, le CEO Michel Moortgat déclarait à Trends à propos des ventes dans notre pays : « En Belgique, cela va plutôt bien, mais pas exceptionnellement bien. »
Outre la gantoise BeerSelect, les trois plus fortes progressions de chiffre d’affaires de notre classement sont réalisées par des brasseries wallonnes. En tête se trouve la Brasserie de Silly, près de la frontière linguistique à Silly. Cette entreprise familiale de sixième génération, fondée en 1850, a augmenté sa capacité de production. Sa croissance provient principalement de l’exportation. Elle rencontre notamment le succès avec des marques moins connues en Flandre, comme Abbaye de Forest et Enghien Blonde.
La Brasserie De Halve Maan à Bruges a de nouveau connu une excellente année. « Nous n’avons pas eu à nous plaindre de nos résultats ces dernières années », explique l’administrateur délégué Xavier Vanneste. « Nous continuons à croître sur un marché en contraction, principalement grâce au succès de notre bière spéciale sans alcool Sportzot. Nous progressons également sur la plupart de nos marchés d’exportation prioritaires. »
La Brasserie Vander Ghinste a vu son chiffre d’affaires progresser de près de 3 %. Son résultat d’exploitation a surtout fortement augmenté. 2025 a ainsi constitué une année record pour la brasserie de Bellegem, près de Courtrai. « Nous investissons dans la qualité », explique l’administrateur délégué Omer Jean Vander Ghinste. « Au cours des dix dernières années, nous avons construit une brasserie presque entièrement neuve, toujours avec pour objectif la qualité de nos bières. Nous développons également de manière cohérente nos marques Omer, Lefort et Ypra. Nous misons sur l’authenticité, la tradition et le savoir-faire. »
Des chiffres aux insights business
Le secteur brassicole illustre l’importance d’analyser le chiffre d’affaires, la rentabilité et les données de bilan dans leur contexte. Un marché en contraction ne signifie pas que toutes les entreprises évoluent dans la même direction : derrière les moyennes apparaissent de nettes différences en matière de croissance, de rentabilité et de solidité financière.
Trends Business Information contribue à rendre ces différences visibles grâce à des informations fiables sur les entreprises et leurs finances, servant de base à l’analyse et à la prise de décision.
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